Dossier du 14/05/2010 à 10:28
Des pistes à explorer pour la fertilisation des cultures
L'activité biologique du sol est nécessaire à son fonctionnement et à sa fertilité. La faune, la flore et la microflore en sont les principaux acteurs.
Après le plan écophyto qui vise à réduire de 50 % l'utilisation de produits phytosanitaires d'ici 2018, ce sont cette fois les fertilisants qui sont montrés du doigt par les Pouvoirs publics français.

Un rapport commandé par le ministère de l'Agriculture préconise de réduire leur usage afin de conserver la compétitivité de l'agriculture française dans un contexte de hausse du prix des matières premières.
Un certain nombre d'agriculteurs n'ont pourtant pas attendu les conclusions de cette étude pour prendre des initiatives dans ce sens en remettant à plat leurs modes de production. Même chose du côté des fabricants d'engrais qui, à l'exemple du groupe Rosier implanté en Belgique, propose un nouvelle méthode qui vise à mieux ajuster les apports de fertilisants.

Une dépendance aux engrais qui s'affirme

Même si comme l'affirment les représentants du groupe Rosier, depuis le premier choc pétrolier en 1992, la consommation de phosphore et de potasse par les agriculteurs aurait diminué de l'ordre de 25 % en Europe, depuis le début du XXe siècle, la consommation de fertilisants chimiques dans le monde explose. Les chiffres connus à ce jour font état 160 millions de tonnes, contre 120 millions en 1995, l'Inde et la Chine consommant à eux seuls près de la moitié de ces volumes.
Des chiffres qui ont concouru à la forte hausse du prix des engrais observée en 2007-08 et qui pourraient inciter les Pouvoirs publics à prendre certaines mesures dans le but de rendre l'agriculture moins dépendante des engrais chimiques. C'est en tout cas l'idée que défendent les auteurs d'une étude commandée par le ministère de l'Agriculture ; contrairement à Écophyto 2018.
Ainsi, du fait de l'augmentation du prix des engrais qui, selon toute vraisemblance, est appelée à se poursuivre, la dépendance de la France vis-à vis des importations de matière première nécessaire à leur fabrication (gaz naturel, phosphate, potasse) pourrait remettre en cause les performances économiques des agriculteurs et accroître leur vulnérabilité, confient les auteurs de l'étude. D'où la proposition qui porte sur la mise en place d'un plan spécifique qui viserait à encourager les utilisateurs dans deux directions : en optimisant leur consommations d'engrais ; en privilégiant l'utilisation de produits fertilisants environnementaux comme les sous-produits organiques.

Des solutions alternatives existent

Certaines méthodes visant à réduire les apports d'engrais ne datent pas d'hier. C'est le cas de la méthode PRP Technologies (Procédés Roland Pigeon) qui, depuis plusieurs décennies, propose des composés de minéraux dont les formes et les concentrations participent, selon le fabricant, à l'amélioration du développement de l'activité biologique du sol.
Un produit pour lequel, pendant longtemps, l'entreprise a entretenu une certaine confidentialité sur sa composition, reconnaît Didier Blin, le directeur marketing et communication de PRP, ce qui pourrait expliquer, encore aujourd'hui, la méfiance des agriculteurs, voire des distributeurs et d'un certain nombre d'organismes officiels à l'égard du produit.
Ce qui a incité PRP Technologies à revoir son mode de communication en choisissant dorénavant d'opérer dans la plus grande transparence. Pour ce faire, l'entreprise a développé des partenariats avec des experts et des laboratoires indépendants pour démystifier l'image du produit auprès de ses clients potentiels.
Quant à ses utilisateurs, si une majorité d'entre eux préfèrent, encore aujourd'hui, se montrer discrets sur le sujet sous peine d'être montrés du doigt par leurs voisins, certains d'entre eux qui ont opté pour la méthode depuis de nombreuses années, n'hésitent plus à partager leur expérience, chacun étant ensuite libre de se forger sa propre opinion...

Favoriser la biodiversité microbienne du sol

Agriculteur à Bealencourt (62), Francis Ménard qui exploite en Gaec avec son fils une exploitation de 105 ha, a utilisé pour la première fois du PRP en 1998. « À cette époque, nous sortions d'un remembrement à l'amiable. J'ai donc profité de cette opportunité pour tester le produit sur une parcelle de 15 ha précédemment cultivée par six agriculteurs. Dès la première récolte, je n'ai constaté aucune baisse de rendement en blé en comparaison aux autres parcelles de l'exploitation. En outre, la terre devenait plus facile à travailler ». Ce qui, selon le technicien de PRP, Jean-François Capon s'explique par une restauration du sol due principalement à une augmentation de la biomasse, de la biodiversité microbienne ainsi que de la faune du sol (accroissement des populations de vers de terre).
Le succès est tel que l'exploitant décide d'étendre la méthode sur l'ensemble de son exploitation. Un choix que partage dorénavant son fils Régis. Installé en 2000, ce jeune producteur de lait assure que l'utilisation de PRP sur ses terres de bief à silex ou de limon battant, « a nettement amélioré la structure de nos sols et permis de maintenir des niveaux de rendement réguliers, comparables à ceux obtenus dans le voisinage ». Tout en participant à « une meilleure maîtrise de nos coûts de production », se félicite Régis Ménard qui, en 2007-08, n'a pas eu à subir la hausse brutale du prix des engrais classiques.
Toutefois, l'apport de PRP à raison de 150 à 200 kg/ha, n'exclut pas un complément. Tandis que des épandages de fumier provenant du troupeau de 55 vaches sont réalisés tous les 3 ans à raison de 40 tonnes/ha sur les terres à maïs, l'apport d'azote sur les prairies et les céréales est estimé à 160 unités/ha/an, 80 unités pour le maïs.

Des niveaux de rendement maintenus

Autre exemple, celui du Gaec Vasseur qui exploite 165 ha à Alette et élève un troupeau de 43 vaches allaitantes. Utilisateur de PRP Technologies depuis une dizaine d'années, l'un de ses membres, Edouard Vasseur, fait lui aussi partie de ces agriculteurs qui veulent aller de l'avant.
Adepte des TCS (techniques culturales simplifiées), ce jeune exploitant maîtrise depuis maintenant 7 ans la technique de pulvérisation bas volume. Mais aussi la méthode PRP. Après l'avoir d'abord testé sur une vingtaine d'ha, l'agriculteur avoue avoir été rapidement séduit, en particulier sur le plan agronomique. « La différence avec une fertilisation classique se fait visuellement », assure l'agriculteur qui a maintenu ses apports d'azote au même niveau qu'autrefois, c'est à dire entre 140 et 220 unités/ha. Ainsi, selon lui, « le démarrage des blés s'opère plus rapidement que dans le cas d'un blé à chlorure pour un niveau de rendement qui a atteint 91 quintaux/ha en 2009 (blé sur blé avec apport de 100 kg de PRP/ha), 78 quintaux/ha pour la féverole, 96 quintaux/ha pour l'orge, 92 tonnes/ha pour les betteraves. Des rendements qui se situent au moins au même niveau que des cultures qui reçoivent une fumure classique », assure l'exploitant qui n'a labouré aucun ha en 2010.

Une démarche globale

Autre avantage mis en exergue, « les sols sont devenus plus faciles à travailler », insiste-t-il, ce qui se traduit par « un accroissement des vitesses de chantier, une réduction d'usure des matériels dans les biefs (jusque 48 % d'argile) ainsi que la possibilité de pratiquer les TCS sur l'ensemble de l'exploitation ; ce qui nous a permis de diminuer notre consommation annuelle de gasoil de 10 000 litres/an, soit environ 50 litres/ha », assure l'exploitant. De même, l'amélioration de la structure du sol observée ces dernières années, en particulier un accroissement de leur porosité, participe selon Edouard Vasseur, à une diminution du taux de racines de betteraves fourchues, à une réduction très nette du phénomène d'érosion et d'inondation en bassin versant et à l'accès aux TCS, l'emploi de PRP s'inscrivant, selon lui, dans une démarche globale.
Et si depuis une dizaine d'années les analyses de sol réalisées régulièrement ne font, pour l'instant, apparaître aucune carence, cela s'explique, en partie, par des façons culturales qui demeurent plus superficielles, ce qui permet d'accroître la présence de matière organique dès les premiers horizons. Une matière organique qui provient en partie des apports de boues d'épuration épandue à raison de 15 t/ha tous les 3 ans sur la moitié des terres de l'exploitation et du fumier composté, le reste de la matière organique étant fourni à la fois par les résidus de culture et les couverts végétaux ; toutefois, deux années sur trois, la paille est exportée afin de contrôler le développement du piétin.
Autant de changements dans la manière de travailler qui ont obligé les associés à privilégier l'approche agronomique. « On a réappris à observer nos sols », note Edouard Vasseur.
Quant au prix du PRP souvent toujours jugé trop élevé par les utilisateurs �autour de 500 euros/tonne, soit de l'ordre de 100 euros/ha sur la base d'un apport de 200 kg/ha (compter 400 kg/ha dans le cas du maraîchage) �force est de constater que les utilisateurs s'avouent globalement satisfaits, notamment au lendemain de la flambée des prix des engrais chimiques qu'ils n'ont pas eu à subir.

Philippe Duboelle



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