Dossier du 14/05/2010 à 10:41
Antibiotiques et élevage : un enjeu de santé publique ?
Pour le professeur Antoine Andremont, « l'usage des antibiotiques dans l'élevage renforce le développement des bactéries résistantes dans l'environnement humain ».
L'accroissement du phénomène d'antibiorésistance est attribué à l'utilisation excessive des antibiotiques. La médecine vétérinaire peut-elle en réduire sa consommation ?

Depuis les soixante dernières années, les antibiotiques sont utilisés pour traiter les maladies infectieuses humaines. Puis ces remèdes « miracles » ont été largement diffusés dans le domaine de la santé animale. Vis-à-vis de cette consommation croissante, les bactéries ont développé des mécanismes de défense. Or, ce phénomène, appelé antibiorésistance, est de plus en plus préoccupant pour la médecine humaine, il se traduit notamment par la recrudescence des infections nosocomiales. L'union européenne estime à 25 000 le nombre de décès par an imputables au phénomène d'antibiorésistance.

Les antibiotiques sont devenus une ressource limitée

L'antibiorésitance complique le traitement des maladies bactériennes. « On arrive clairement à une limite dangereuse, estime le professeur Antoine Andremont, spécialiste de la résistance bactérienne. Certaines bactéries ne sont plus sensibles qu'à un nombre limité d'antibiotiques. C'est un problème sanitaire majeur : le risque est d'avoir des bactéries contre lesquelles il n'y a plus de moyens de lutte ». Selon le scientifique la faculté du monde bactérien à développer des résistances est plus forte que la capacité de recherche de l'industrie pharmaceutique. « C'est une bataille perdue d'avance ! Aussi, il faut limiter l'utilisation des antibiotiques au strict nécessaire et prioritairement à la santé humaine ».

Maîtriser la diffusion des résistances

L'antibiorésistance s'explique par l'existence, chez les bactéries, de gènes leur permettant d'échapper à l'action des antibiotiques. Elles sont capables de transmettre ces gènes non seulement à leur descendance, mais également à d'autres bactéries qui deviennent résistantes à leur tour. Limiter l'utilisation des antibiotiques permettrait de prévenir la transmission de résistances. Depuis 2002 et la campagne de communication « Les antibiotiques, c'est pas automatique », la consommation humaine à diminuée de 25 %. En revanche, en médecine vétérinaire les chiffres restent stables. La consommation mondiale d'antibiotiques vétérinaires est estimée à 27 000 tonnes (Barber & Associates 2003). Selon un rapport de l'Afssa publié en 2009, elle est en France de 1 200 tonnes, dont 57 % en élevage porcin et 20 % en élevage avicole. Les animaux de compagnie sont également à prendre en compte, car s'ils ne réprésentent que 2 % de la consommation, le niveau d'exposition est beaucoup plus présent. Les bactéries sont présentes partout et l'antibiorésistance se transmet de l'animal à l'homme principalement par l'environnement, explique le professeur Antoine Andremont : « Le respect des prescriptions fait que l'on n'ingère pas d'antibiotiques lorsque l'on mange de la viande. Le problème c'est que la viande contient des bactéries bio-résistantes, mais aussi les lisiers et tout cela participe à leur dissémination dans l'environnement ».

Réguler les prescriptions médicamenteuses

L'utilisation abusive d'antibiotiques dans un cadre préventif contribue à l'acquisition de résistance. Pour Gérard Bapt, député de Haute-Garonne, les vétérinaires sont trop dépendants de la vente de médicaments, leurs prestations pour le compte de l'État et les consultations ne leur rapportent pas assez : « L'État tire un avantage financier à court terme de cette situation : il sous-paie la mission de surveillance de la santé animale par les vétérinaires puisque ce sont les ventes de médicaments qui assurent la présence territoriale des praticiens ». Autre facteur aggravant, selon le député, les antibiotiques à forte marge sont souvent les plus puissants, « le niveau de marge incite à la prescription de ce type de traitement en première intention, ce qui aggrave le phénomène de sélection des bactéries résistantes ». Faudra-t-il interdire les marges arrières ou limiter les marges sur les antibiotiques comme c'est le cas au Danemark ? L'État doit-t-il accompagner la mutation du modèle économique des vétérinaires et des éleveurs ou encore limiter la baisse des prix des génériques par une taxe ? Car si les résistances humaines d'origines animales sont estimées à 4 %, selon un rapport publié par l'école vétérinaire de Toulouse en 2010, il convient néanmoins de minimiser les sources d'antibiorésistances.

Jérôme Pezon



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