Préparer le sol : l'art de bien déchaumer

Les meilleurs déchaumages sont obtenus avec les outils très spécifiques apparus depuis quelques années et adaptés aux itinéraires simplifiés.
La période après moisson est très propice pour assainir les parcelles des parasites (limaces) et des adventices. Elle permet aussi aux résidus de culture d'évoluer et prépare la saison suivante.
Selon son système de culture, et en particulier en système sans labour, le déchaumage revêt une importance capitale dans une perspective efficace de réduction des coûts et des intrants.
La qualité du travail, le choix du matériel vont avoir des répercussions très directes tant au niveau économique (coût des interventions, temps passé) qu'environnemental (érosion, besoin en désherbants, consommation de fuel).
Gérer les résidus
Le travail de déchaumage démarre avec le passage de la moissonneuse-batteuse . Les premiers éléments à prendre en compte sont la hauteur de coupe, le broyage et la répartition des pailles.
La rapidité de la dégradation des résidus et de leur transformation en humus dépend principalement de leur taille. Des éléments courts et éclatés sont à rechercher. Ces caractéristiques sont déterminantes notamment pour la mise en place des cultures suivantes en système sans labour avec des semoirs à socs. Les brins trop longs et les bouchons peuvent amener des désagréments importants dans le profil pouvant gêner l'installation de cultures (colza en particulier).
Cela suppose donc un bon réglage du broyeur : couteaux en bon état et en nombre suffisant, contre couteaux bien réglés.
La répartition au sol doit être la plus homogène possible ; il faut éviter les paquets ainsi que la concentration dans l'axe de la machine. Sur les moissonneuses-batteuses de moins de 4 mètres, il faut bien régler les déflecteurs du broyeur pour qu'ils projettent les résidus sur toute la largeur de la machine. Quand les coupes dépassent cette largeur, des outils spécifiques de dispersion doivent être utilisés.
Attention aussi aux menues pailles, le recours aux éparpilleurs est absolument nécessaire notamment sur les machines plus simples pour éviter des incidences visibles sur les cultures suivantes et des difficultés à réaliser des travaux de déchaumage efficaces.
Bien utiliser son déchaumeur
Quelques règles de base doivent être rappelées. Le déchaumage doit intervenir le plus tôt possible après la récolte pour conserver des conditions d'humidité favorables à la pénétration des outils et au mélange terre/paille.
Il faut rechercher un travail homogène sur toute la largeur de l'outil en un seul passage. Sauf en cas d'un besoin de restructuration sur des sols tassés ou repris en masse, le travail doit rester très superficiel. Il faut créer un lit de semences fin et plombé pour réussir des levées régulières et homogènes des adventices ou des repousses afin d'assainir les sols en deux ou trois passages successifs espacés de quelques semaines (la répétition des interventions est nécessaire pour permettre au plus grand nombre possible d'espèces de trouver les conditions climatiques favorables à leur levée).
Ce travail nécessite des outils spécifiques ou des trains d'outils plus classiques combinant des dents ou des disques, un outil permettant d'égaliser le sol et de répartir les résidus et un rouleau.
Les outils qui retournent trop profondément le sol laissent peu de chances aux graines de germer, les outils à dents amènent des repousses en ligne et les outils combinés travaillant en surface ont de bien meilleurs résultats (3 à 4 fois supérieurs sur repousses de blé, selon Arvalis).
Ces résultats sont les mêmes quand il s'agit de parasites comme les limaces. Deux déchaumages fins, plats et rappuyés permettent de détruire 80 % des populations si les conditions climatiques sont de la partie. Les matériels classiques (néodéchaumeur, chisel) sont adaptés aux déchaumages de restructuration profonds et aux itinéraires classiques avec labour. Pour un travail de qualité superficiel et en système simplifié sans labour, il faut passer à des outils plus complets et comportant un nombre plus important de pièces travaillantes pour garantir un travail sur la largeur de l'outil. La présence d'un rouleau sur la machine ou en complément est nécessaire pour augmenter le taux de levée. Il faut alors travailler très superficiellement et laisser un sol fin et nivelé.
Il faut tabler, si les conditions météorologiques sont favorables, sur deux passages au minimum pour obtenir un déchaumage efficace. Si l'assainissement du sol des adventices n'est pas une priorité, on évitera de multiplier les passages, notamment en travail profond, pour éviter une minéralisation supérieure aux capacités de fixation des résidus. On pourra profiter du dernier passage pour réaliser la mise en place d'un couvert d'interculture.
Avec le recours de plus en plus fréquent à des méthodes simples et rapides de mise en place des cultures et dans des perspectives de réduction des intrants, le déchaumage retrouve toutes ses lettres de noblesse, notamment dans les intercultures courtes.
Le travail recherché est très précis. Cela demande des outils et des réglages bien adaptés.
Un grand éventail de matériels plus ou moins spécialisés est maintenant disponible sur le marché. Les meilleurs déchaumages sont obtenus avec les outils très spécifiques (Carrier, Rubin, Disc-O-mulch...) apparus depuis quelques années. Ils sont adaptés aux itinéraires simplifiés et peuvent avoir leur place dans des systèmes de cultures qui demanderaient moins aux herbicides en permettant la réalisation de faux semis. Encore faut-il que la météo soit avec nous.
F. Derancourt
Chambre d'agriculture Nord � Pas de Calais