Moisson 2010 : une campagne céréalière dominée par la météo

La baisse de rendement des blés observée en 2010 a laissé la place à une récolte de qualité avec des blés présentant des taux de protéines élevés et une qualité sanitaire excellente, ce qui est de bon
Jusqu'au bout, la campagne céréalière 2009/2010 aura été largement dominée par les caprices de la météo.
Après un printemps sec et froid qui aura perturbé le bon développement végétatif des cultures et les gros coup de chaleur du mois de juillet, les précipitations observées au cours du mois d'août auront retardé la maturité des récoltes dans certains secteurs et, d'une certaine manière, « gâché le fête », souligne le directeur de La Flandre, Didier Vereeke. Et ceci d'autant plus que de l'avis des spécialistes, la moisson 2010, dans la région, demeure globalement satisfaisante, tant d'ailleurs sur le plan quantitatif que qualitatif. Avec en bonus la remontée spectaculaire des cours des céréales qui ne peut que redonner le moral aux céréaliers à défaut de peser sur les coûts de production des éleveurs.
Des blés au top de la qualité
Le retour du beau temps ces derniers jours devrait permettre d'achever la moisson 2010 dans de bonnes conditions. Notamment dans le Haut Pays où il restait quelques parcelles à faucher en milieu de semaine, en particulier sur le secteur d'Hucqueliers.
Si, de l'avis général, les rendements s'avèrent plutôt disparates, notamment en zones maritimes plus touchées que les autres secteurs par la sécheresse, globalement les niveaux de rendements observés dans la région, toutes céréales confondues, demeurent tout à fait corrects.
Pour les blés, le directeur céréales d'Unéal, Maurice Caillaud, et le directeur de la Flandre, Didier Vereeke, avancent unanimement un niveau de rendement moyen qui pourrait se situer autour de 87 à 88 quintaux/ha avec des pointes supérieures à 100 quintaux/ha en Flandre intérieure, tandis que certaines exploitations situées en bordure maritime affichent péniblement une moyenne de 60-65 quintaux/ha
Du côté de la qualité, la marchandise réceptionnée dans les silos des organismes stockeurs de la région devrait trouver facilement preneur. D'ailleurs, « on signerait pour avoir une campagne comme-celle-ci chaque année », se réjouit Maurice Caillaud pour qui « le niveau de qualité observé en 2010 tombe fort à propos par rapport à la demande du marché », notamment égyptien auquel est destiné un premier navire de 60 000 tonnes qui était en cours de chargement mardi à Dunkerque. Tandis que le poids spécifique des blés pourrait se situer autour de 77,5, d'après les dernières estimations d'Unéal, les taux de protéines devraient avoisiner 11,3, bon nombre de livraisons atteignant un taux de 12 %, ce qui se justifie par des rendements en baisse de 10 % sur 2009 et un meilleur suivi agronomique des parcelles, du point de vue des spécialistes. Quant au temps de chute d'Hagberg, là encore, les blés du Nord-Pas de Calais enregistrent une performance, les trois quarts des volumes collectés par Unéal dépassent 340, le quart restant se situant entre 240 et 300, précise Maurice Caillaud. Même chose s'agissant cette fois de la qualité sanitaire des blés où la présence de mycotoxines est indétectable dans la majorité des livraisons. D'excellents résultats qui sont aussi le fruit d'une stratégie. Dans le cas d'Unéal, plutôt que d'imposer des taux d'humidité autour de 15 % à la livraison, la coopérative a privilégié une politique de séchage (130 à 140 000 tonnes en 2010), mobilisant ainsi 75 à 80 % de ses capacités industrielles dans ce domaine. Avec pour objectif, selon le directeur céréales d'Unéal, « d'accéder à l'export avec une marchandise de qualité et, au final, de mieux valoriser le revenu de nos adhérents ».
Des cours en phase de consolidation
Dans un tel contexte, la commercialisation des blés issus de la région au cours des prochains mois ne devrait guère poser de soucis aux collecteurs. Si ce n'est une difficulté à laquelle tous auront à faire face, celle liée à l'évolution brutale des cours que « personne n'avait vu venir en juillet dernier », relève Maurice Caillaud. Des cours qui, mardi soir, s'affichaient entre 210 et 217 euros au Matif et qui, du point de vue du directeur de la collecte d'Unéal, sont aujourd'hui en phase de consolidation. Malgré les annonces portant sur les catastrophes naturelles qui ont touché le Pakistan, la Russie ou encore la Chine, et leurs probables conséquences sur l'évolution des stocks mondiaux de céréales, « il n'y a pas péril en la demeure », assure Maurice Caillaud. « Ce qui peut véritablement influencer les cours des céréales au cours de ces prochaines semaines, ce sont les niveaux de rendement des maïs aux États-Unis qui, à ce jour, s'annoncent excellents. Au-delà, on entre dans le domaine de la spéculation financière qui dépasse les fondamentaux de l'agriculture et, là, nous ne maîtrisons plus... »
Philippe Duboelle
Bilan : la Moisson 2010 par espèce
Globalement, la récolte céréalière 2010 a été satisfaisante pour la plupart des espèces cultivées dans la région.
Escourgeon : Les niveaux de rendement estimés autour de 85 qx/ha se sont avérés dans l'ensemble très corrects. Le manque de disponibilité en blé a permis à cette céréale de redevenir attractive auprès des fabricants d'aliments du bétail.
Colza : « C'est la bonne surprise de l'année », selon Didier Vereeke qui note des rendements supérieurs à 45 qx/ha dans le Haut Pays, autour de 40 quintaux en bordure maritime. Autre observation, l'intérêt des colza hybrides qui, du point de vue de Maurice Caillaud, permettent de « réguler les niveaux de rendement ». Seul facteur négatif, des prix qui ont tendance à se dégrader.
Orge brassicole : Les rendements ont été plutôt décevants du fait du coup de chaud qui s'est ajouté au stress hydrique. Les taux de protéines se situent généralement entre 10,8 et 11,3.
Pois protéagineux : Si la qualité était au rendez-vous en 2010, les rendements demeurent décevants, de 45 à 55 qx/ha sur la zone d'Unéal, proches de 60 qx/ha pour la Flandre. Autre difficulté, la fermeture du marché en Inde qui représente un débouché important.
Féveroles : La récolte vient de démarrer. Les premières estimations font état d'un niveau de rendement compris entre 30 et 45 qx/ha, ce qui est plus que satisfaisant au regard de ceux observés en Picardie.