L'union sacrée de la filière alimentaire
Épaulés par la SAF-Agriculteurs de France, les professionnels agricoles, agroalimentaires, de la distribution et de la restauration s'associent pour défendre l'image de leurs métiers et de leurs produits.
La réputation des différents maillons de la filière alimentaire serait-elle à ce point malmenée pour que ceux-ci décident de s'associer dans sa défense ? Pour Gérard Laloi, président de la commission Alimentation de la Saf-Agriculteurs de France, la chose est écrite : « Chaque maillon de la chaîne alimentaire française travaille bien, voire très bien, avec un sens aigu des responsabilités et un fort désir de qualité. Et cependant, il se trouve exposé à des attaques multiples en matière de santé, d'environnement, de pratiques commerciales contestées, ensemble génératrices de crises certes ponctuelles et rares mais sources de polémiques médiatiques bruyantes et troublantes, amplifiées et préjudiciables ».
Création d'un Haut Comité
S'appuyant sur ce constat et après une journée de débats et d'exposés sur la réputation de la filière alimentaire française, mercredi dernier à Paris, la Saf-Agriculteurs de France ne pouvait plus cacher son ambition d'aider à la création d'un Haut Comité à la Réputation du Secteur Agricole et Alimentaire. Selon les explications de Gérard Laloi, cette nouvelle organisation devrait réunir autour d'un objectif commun – la promotion de la filière alimentaire française dans son ensemble – des représentants des métiers de l'agriculture, de la transformation, de la distribution et de la restauration ; mais également d'autres secteurs, sans qu'ils n'aient eu besoin de participer au colloque de la Saf qui lui a été dédié.
Relations inexistantes ou à conforter
La mise en place de ce Haut comité à la Réputation du Secteur Agricole et Alimentaire permettra-t-il de resserrer des liens aujourd'hui distendus entre les différents acteurs ? Car réunir autour d'une même table les représentants tenait du défi ; une épreuve que la Saf-Agriculteur de France a su relever. Avec ironie ou pas, le président du Syndicat national des hôteliers restaurateurs, cafetiers et traiteurs (Synhorcat), Didier Chenet, l'affirme : « les relations entre nous ne peuvent que s'améliorer étant donné qu'il n'en existe pas, en particulier entre la restauration et l'agriculture ».
Sans faire plaisir à entendre, le constat dressé par le président du Synhorcat est au moins partagé par le représentant de l'Association nationale des industries agroalimentaires (ANIA), Jean-René Buisson : « effectivement, nous n'avons pas de relations avec le monde de la restauration » assure-t-il. « Avec les autres filières, les contacts sont quand même plus réguliers. Nous sommes notamment amenés à partager régulièrement nos réflexions avec le monde agricole, sans que nous soyons forcément d'accord sur tous les sujets » poursuit M. Buisson.
Président de la FNSEA, Xavier Beulin verrait même dans la création du Haut comité une forme d'opportunité : « la nouvelle PAC qui s'annonce sera moins protectrice et va nous amener à devoir travailler davantage ensemble ».
Pour Jacques Creyssel, délégué général de la fédération du commerce et de la distribution (FCD), l'enjeu est également de taille. « L'alimentation est un grand secteur d'excellence pour la France, mais nous avons besoin aujourd'hui d'entretenir des relations plus matures et ne pas nous contenter de faire toujours appel à l'Etat ».
Parrainage de Bruno Le Maire
Vouloir défendre l'indépendance de la filière alimentation vis-à-vis des pouvoirs publics n'empêche toutefois pas à l'Etat d'apporter son soutien à la création du Haut comité, par la voix du ministre de l'Agriculture et de l'alimentation, Bruno Le Maire. Excusé lors du colloque de la Saf, celui-ci a toutefois rappelé son soutien « à tous ses membres » et « l'importance de se battre pour l'image de l'agriculture française et des produits qui en sont issus ». Une fois créé, il restera au Haut comité à la réputation du secteur agricole et alimentaire à se réunir autour de bonnes volontés pour un travail commun ; la présence du Ministre de l'agriculture étant quant à elle vivement souhaitée.
Vincent Fermon