L'invité, Julien Bajeux : « Les JA doivent garder la main sur l'installation »

Installé en 2007 sur 55 ha de polyculture à Radinghem, Julien Bajeux a pris la succession de Christophe Honoré à la présidence des Jeunes agriculteurs du Nord.
Julien Bajeux, le nouveau président des Jeunes agriculteurs du Nord rappelle que la maîtrise du foncier reste un enjeu fondamental pour favoriser une vraie politique d'installation.
Comment, à 31 ans, devient-on président d'un syndicat de producteurs ?
C'est le résultat de la forte dynamique collective qui anime notre syndicat dans le département. De nouveaux cantons ont été créés, au sein desquels j'ai pu m'impliquer et acquérir une vision globale des différents enjeux qui se présentent. De plus, Christophe Honoré, mon prédécesseur, souhaitait passer la main pour prendre des responsabilités au niveau national.
La dynamique syndicale naît donc de la base, au niveau du canton ?
C'est effectivement à la base que se crée l'émulation, le renouvellement des idées. Les jeunes apportent du sang neuf sur des sujets d'actualité. Ils bénéficient d'un capital sympathie pour communiquer auprès du public et des consommateurs qui exigent de la qualité et veulent manger pour rien. C'est à partir du terrain que chacun peut revendiquer son identité d'agriculteur et lutter contre certains clichés. Cette dynamique de canton est ensuite portée au niveau national, en passant par le département et la région. Les jeunes se projettent par ailleurs au niveau européen, en se structurant au sein du CEJA (Conseil européen des jeunes agriculteurs). C'est pourquoi, l'implication de Christophe Honoré au national est une opportunité de porter haut la voie des Jeunes agriculteurs du Nord.
Quels sont les chantiers d'actualité que vous devez aborder ?
Dès la rentrée nous devrons être présents sur le dossier de la réforme des Adasea. Il y a en effet une volonté nationale de confier les missions de l'association aux Chambres d'agriculture. Cette réforme est encore à l'état de réflexion, mais les JA devront garder un droit de regard sur la politique d'installation. La régionalisation de la Chambre d'agriculture implique par ailleurs la nécessité d'un rapprochement avec les JA du Pas-de-Calais pour proposer un projet commun.
Que dire des élus qui affichent leur volonté de maintenir l'agriculture sur tout le territoire, au travers de la promotion de produits de qualité, et des circuits courts.
C'est très bien que les politiques s'intéressent aux micro-fermes, mais il ne faut pas oublier l'industrie agro-alimentaire de notre région qui emploie beaucoup de monde. Il ne faut pas opposer les filières courtes et les débouchés industriels, d'autant qu'aujourd'hui, particulièrement en légumes, beaucoup d'exploitations pratiquent ces deux types de commercialisation. Tous les agriculteurs ne peuvent pas faire du circuit court, c'est pourquoi, il nous faut aussi travailler dans une logique de filière, avec des partenaires de confiance. Ce travail est essentiel dans la mesure où il y a peu d'acheteurs et beaucoup de producteurs. Nous avons trop longtemps laissé faire la grande distribution. En ce sens, la LMA part d'un bon principe. Mais nous ne devons pas tout attendre de la loi et rester force de proposition pour aboutir à des relations équitables pour tous. Notre région dispose de nombreux atouts : une agriculture diversifiée, un important bassin de consommation et une ouverture sur l'Europe. Cette situation offre la possibilité d'installer de nombreux jeunes, notamment en production maraîchère où l'on peut valoriser de petites structures. Mais il y a un paradoxe entre les discours environnementalistes et l'emprise de l'urbanisation sur le foncier.
La problématique du foncier reste donc une préoccupation majeure ?
Même si cela fait mal au coeur, nous continuerons à nous battre pour conserver nos terres. Sur ce dossier, les JA se sont d'ailleurs largement exprimés lors du congrès de juin. Le produit de la taxe sur la vente de terres agricoles*, créée par la LMA, devra être affecté à l'installation des jeunes agriculteurs. Or, la volonté de l'État de réduire ses dépenses nous fait craindre que cette taxe, visant à réduire la disparition du foncier agricole, remplace à l'avenir les budgets destinés à l'installation. Nous souhaitons au contraire que cette mesure abonde les financements existants, en complément de la DJA, pour favoriser la politique d'installation.
Propos recueillis par Jérôme Pezon
* Taxe sur les plus-values des ventes de terres agricoles vouées à être transformées en terrains constructibles.