Article du 02/12/2011 à 15:03
Cipan : anticiper la destruction des couverts
Les agriculteurs tendent à privilégier le coût de la semence, la facilité d'implantation et de destruction arrivant respectivement en deuxième et troisième position.
Pour plus de 60 % des agriculteurs interrogés par Arvalis en 2010*, l'implantation de cultures intermédiaires constitue une obligation réglementaire.

Toutefois, une majorité d'entre eux reconnaît, dans une moindre proportion, les effets bénéfiques de celles-ci tant en matière d'amélioration de la structure du sol et de son activité biologique que de leur fonction de piège à nitrates et de fourniture d'azote aux cultures suivantes. Avec une contrainte, celle liée à leur destruction qui peut s'avérer parfois difficile selon l'espèce retenue. D'où l'intérêt d'y penser avant...

La moutarde tire son épingle du jeu

Parmi les espèces les plus souvent cultivées, la moutarde demeure de très loin l'espèce que privilégient les agriculteurs avec près de 50 % des surfaces recouvertes en cultures intermédiaires. Viennent ensuite l'avoine suivie d'une association avec une légumineuse, l'association sans légumineuse, les crucifères, les légumineuses..., les radis ne recouvrant que 1 % de la surface.

Tandis que les crucifères sont majoritairement ensemencées après un labour, les Cipan (cultures intermédiaires piège à nitrates) sont généralement implantées en non labour, avec un semoir le plus souvent s'agissant des associations complexes (graminées + légumineuses, mélange avec légumineuses...).

Le choix des espèces confirme l'importance que prêtent les agriculteurs au coût de la semence qui reste, pour 60 % d'entre eux, la principale préoccupation, la facilité d'implantation et de destruction arrivant respectivement en deuxième et troisième positions.

Combiner les moyens de destruction

Si les bonnes conditions de semis à l'automne sont souvent réunies pour obtenir une implantation rapide des couverts, leur destruction en hiver semble poser plus de difficulté. D'où les conseils d'Arvalis qui invite à combiner le mécanique et le chimique, un roulage de la culture permettant d'améliorer l'efficacité du glysophate. Une solution d'autant plus recommandable qu'avec la mise en oeuvre des mesures contenues dans le Grenelle de l'environnement, il conviendra de réduire l'utilisation de pesticides. Le principe de la méthode consistant à occasionner des blessures sur la plante afin d'accentuer l'action du glysophate.

Des essais encourageants

Les essais réalisés sur la station Arvalis de Boigneville ont permis de vérifier que le passage du rouleau Cambridge sur couvert 1 heure avant l'épandage de glysophate permet de régulariser l'efficacité de celui-ci en conditions limites tout en divisant par deux la dose de produit, le passage d'une herse étrille s'avérant quant à lui inefficace. De même, dans le cas d'un passage du rouleau Cambridge 24 h avant l'application du glysophate, l'efficacité est là encore très importante avec une efficacité de destruction proche de 100 % dans le cas du colza et de la navette, les témoins non roulés se situant autour de 70 %. L'application du 2,4D présente l'avantage de venir compléter l'activité mais présente pour inconvénient l'emploi d'un produit supplémentaire.

Parallèlement, d'autres essais menés sur une autre station Arvalis montrent que le passage d'un rouleau Cultipacker deux heures avant l'application du glysophate, se traduit par une meilleure efficacité du produit.

Des temps de travail plus importants

L'autre facette de la méthode testée par Arvalis pour réduire en particulier l'indice de fréquence de traitement (IFT) s'accompagne d'un accroissement du temps de travail ; ainsi, dans le cas d'un roulage avec un rouleau Cambridge seul sur couverts gélifs, celui-ci est multiplié par deux en comparaison à un traitement chimique, voire par 3 dans le cas d'un passage de rouleau suivi d'une pulvérisation. Mais avec des économies à la clé puisque le passage du rouleau permet de diviser la dose de glysophate par deux pour la ramener à 350 grammes/ha. Et des résultats améliorés puisque les essais ont permis d'observer une plus grande efficacité, de 10 à 20 % sur géranium et trèfle Incarnat, voire de 10 à 40 % sur crucifères grâce à l'utilisation du rouleau Cambridge. Des enseignements à retenir pour les années qui viennent !

Philippe Duboelle


L'enquête réalisée en 2010 par Arvalis a permis d'interpréter 1 038 réponses dont une majorité d'entre elles provenant du nord de la France.



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