Céréales : la Russie baisse le rideau

Destinataire de 50 % du blé russe, l'Égypte doit se tourner aujourd'hui vers les États-Unis et l'Europe.
Depuis le 15 août dernier, l'embargo de la Russie sur ses exportations de blé est effectif. Reste désormais à savoir jusqu'à quand.
On panique, on tempère, parfois même on jubile. La décision du gouvernement russe de suspendre ses exportations de blé n'en finit pas de susciter les réactions. En particulier depuis dimanche, jour de son entrée en vigueur.
En proie à d'importantes sécheresses qui compromettent une partie de sa récolte, puis à de violents incendies, la Russie avait annoncé le 5 août dernier vouloir geler ses exportations de blé. Pour le gouvernement, il s'agit d'abord de préserver le marché national d'une pénurie qui entraînerait hausse des prix et désordres sociaux. Les autorités russes craignent en effet de voir les prix intérieurs – en particulier de la farine, du pain, de la viande et du lait – gagnés par l'inflation et des troupeaux délaissés pour cause d'aliments trop chers. Détruisant près d'un quart de la production de blé, les accidents climatiques ont d'ores et déjà mis au bord de la faillite de nombreux agriculteurs.
Confusion dans la date de fin
S'agissant d'une mesure d'exception, l'embargo sur les exportations prévoit de s'appliquer jusqu'au 1er janvier 2011... à moins qu'il ne soit prolongé. Car pour l'heure, difficile de savoir ce qu'il en ressort véritablement ; les dirigeants russes faisant état de déclarations parfois incertaines et contradictoires. Si selon Viktor Zoubkov, le premier vice-premier ministre russe, le gouvernement se laisse jusqu'au 1er octobre pour décider de la levée de l'embargo après le 31 décembre, le président Medvedev avait déclaré précédemment que la suspension des exportations « pourrait prendre fin plus tôt si l'état des récoltes venait à s'améliorer. » Premier ministre, Vladimir Poutine est venu quant à lui rappeler dès dimanche qu'il n'est « pas la peine de compter sur un retrait rapide de l'embargo ».
Priver le marché mondial plutôt que le marché intérieur
Compte-tenu des prévisions de récolte 2010 et des excédents 2009, la Russie ne devrait pas rencontrer de difficultés pour couvrir ses besoins, selon les observateurs. Seulement, c'est la campagne initiée l'an dernier incitant les céréaliers russes à exporter qui se trouve remise en cause. Troisième exportateur mondial, après les États-Unis et le Canada, la Russie a exporté en 2009, quelque 22 millions de tonnes de céréales. Conséquence de la canicule, la récolte russe pourrait être comprise entre 60 et 65 millions de tonnes, contre 97 millions de tonnes en 2009.
Au sein de l'Union européenne, en début de semaine, l'heure était encore à la sérénité. Tablant sur une récolte d'environ 285 millions de tonnes en 2010 contre 255 millions en 2007 et des stocks suffisants, Bruxelles n'affichait pas d'inquiétude particulière par rapport à la privation qu'impose la Russie à ses acheteurs. Sans oublier de préciser qu'en termes d'importations, elle pèse en outre bien peu pour l'UE, avec seulement un volume compris entre 0,3 et 0,8 millions de tonnes de céréales.
L'Égypte, première victime collatérale
Premier importateur mondial de blé, l'Égypte mérite davantage le statut de victime collatérale. Destinataire d'au moins 50 % du blé russe exporté, l'Égypte est désormais contrainte de se tourner vers les États-Unis et l'Union européenne pour répondre à sa demande intérieure. Après avoir affolé les marchés, sous la pression de quelques spéculateurs, la pénurie de blé russe pourrait finalement profiter à d'autres grands pays exportateurs ; dont l'Europe ou les États-Unis, où des récoltes exceptionnelles permettraient « de compenser ces manques » a fait savoir le département américain de l'Agriculture. Des rendements records ainsi qu'une récolte de plus de 61 millions de tonnes de céréales y sont attendus.
Vincent Fermon