Article du 30/08/2010 à 15:58
Élevage : petit à petit la Brune fait son nid
Pour réduire les coûts liés à l'achat d'animaux, l'éleveur mise sur le croisement d'absorption à partir du troupeau Holstein.
À Neuville-en-Avesnois (59), Jean-Louis Droulez a fait le choix d'intégrer progressivement la race Brune dans son troupeau, dans l'optique d'une conduite mixte avec la Prim'Holstein.

Ce fils d'agriculteurs installés à Wattrelos décide de reprendre une exploitation dans l'Avesnois il y a maintenant dix ans. La ferme familiale, en zone péri-urbaine, reposait alors sur la vente directe de produits laitiers frais, de volailles et de pommes de terres. Mais Jean-Louis Droulez se sentait plus éleveur que commerçant et le contexte local n'offrait pas la possibilité de développer la structure familiale. « La rentabilité était au rendez-vous, mais les conditions de travail difficiles, avec un parcellaire très morcelé et des bâtiments au coeur d'une zone d'habitation. Cela m'a conduit à rechercher une exploitation plus conforme aux pratiques d'élevage laitier », explique-t-il. S'il confie que les conditions de l'installation hors cadre familial sont parfois difficiles à vivre, l'éleveur ne regrette cependant pas sa décision. Sur 75 ha, pour remplir un droit à produire de 470 000 litres, il mise sur la productivité du troupeau Holstein. La moyenne d'étable affiche en 2009-2010 un résultat de 9 835 litres/vache, pour un TP de 31,6 et un TB de 36,8. « La faiblesse du TB s'explique par la consommation de tourteau de lin, très dégraissant, utilisé pour intégrer la filière oméga 3 mise en place par Sodiaal », précise Isabelle Izanic, conseillère au Contrôle laitier du Nord.

De la rusticité pour réduire les frais d'élevage

Ce niveau de performances s'accompagne cependant de problèmes sanitaires et notamment d'un niveau cellulaire élevé (264 000/ml pour la campagne 2009-10) qui entraîne une augmentation des frais d'élevage. « Face à ces problèmes sanitaires mon vétérinaire m'a conseillé de m'orienter vers des animaux plus rustiques et plus particulièrement vers la Brune, se souvient l'éleveur. Je suis limité en surface pâturable et en places dans la stabulation. Je ne peux donc pas miser sur une race mixte de type montbéliarde ou Bleue du Nord. La Brune présente l'avantage d'être une vraie race laitière spécialisée ». En décembre 2009, il achète, par l'intermédiaire de BGS (Brune Génétique Services), 4 génisses pleines et 6 vaches Brunes fraîchement vêlés. L'intégration dans le troupeau se déroule sans difficulté, l'éleveur témoigne d'ailleurs de la docilité de la race.

En ration semi-complète, les Brunes sont au même régime que le reste du troupeau. La ration s'articule autour du maïs ensilage distribué toute l'année + pulpes surpressées + drèches de brasserie + maïs concassé + VL 42 + 50 g d'urée. Les vaches disposent de 17 ares d'herbe pâturée, compensée en hiver par de l'ensilage d'herbe. Les résultats après sept mois de lactation pour les génisses Brunes sont de 6 386 litres pour 36,5 de TB et 30,5 de TP et pour les vaches de 8 444 litres pour 36,6 de TB et 32,6 de TP. « La courbe de production est beaucoup plus régulière que les Holsteins, avec un pic de lactation moins marqué et donc une meilleure maîtrise de l'état corporel ». Une caractéristique qui conduit à une amélioration des résultats de reproduction, même si l'éleveur manque encore de recul pour l'évaluer pleinement.

Semences sexées et croisement d'absorption

Mais la race a aussi ses défauts : une faible valorisation des veaux de 8 jours et la difficulté à faire boire les veaux au seau. « L'utilisation des tétines ou tétines flottantes est indispensable », indique l'éleveur. Une contrainte à mettre en balance avec une meilleure résistance aux mammites, des aplombs solides qui préservent des problèmes de boiterie et une réelle facilité de vêlage. L'objectif des accouplements est de « continuer à travailler sur les taux tout en améliorant les performances laitières pour aboutir à un troupeau composé à 50% de Brunes ».  Pour ce faire, Jean-Louis Droulez mise sur les semences sexées, mais aussi sur les croisements d'absorption. Une option plus économique que l'achat de reproducteurs (1400 à 1 600 euros par animal livré) qui permet d'évoluer progressivement sans besoin de trésorerie supplémentaire.

Jérôme Pezon

La ferme

– 1,25 UTH
– Surface fourragère : 75 ha dont 55 ha de pâtures ; 2 ha de luzerne ; 18 ha de maïs.
– Quota laitier : 471 598 litres livrés à Sodiaal en filière Oméga 3.
– 55 vaches laitières
– 25 vaches allaitantes

De la Brune des Alpes à la Brune

Suite aux efforts de sélection, orientés sur la production et la qualité de la mamelle, la vache des alpages suisses est devenue une race laitière spécialisée.

Avec près de 10 millions de têtes, elle est d'ailleurs la deuxième race laitière au monde. Elle a cependant conservé des caractéristiques de rusticité qui la distingue, explique Estelle Devaux, technicienne au GIE BGS* : « Les éleveurs s'intéressent à la Brune pour des raisons sanitaires, pour améliorer les caractères fonctionnels et les taux protéiques. La Brune est en progression dans le cadre d'une conduite d'élevage mixte avec la Prim'Holstein ». La race affiche un taux de vêlages faciles de 97,5% et une longévité de + 0,5 lactation par rapport à la Prim'Holstein. Ses onglons noirs et épais garantissent la solidité des aplombs. Au Contrôle laitier 2009 elle affiche un TP de 34,0, un TB de 41,8g/kg et une production corrigée de 8 196 litres. Son implantation sur tous les continents est garante d'une grande variabilité génétique. « Notre catalogue comporte des souches d'origine américaines, suisses, allemandes, autrichiennes et françaises. Cela permet de proposer des animaux de profil différents pour répondre à tous les besoins », indique la technicienne. Les semences de Brune des Alpes, dite Brune d'origine, restent néanmoins disponibles. « La brune d'origine est plus petite, moins laitière, mais avec de vraies qualités de rusticité. Nous la conservons au catalogue pour les élevages plus extensifs ou qui souhaitent améliorer les caractères fonctionnels ».

Par ailleurs, les premiers index génomiques devraient être disponibles fin 2010.
 
* BGS (Brune Génétique Services) regroupe l'unité de sélection nationale de la race Brune et l'UPRA Brune (Unité pour la promotion et la sélection de la race Brune).

Jean-Louis Droulez a fait le choix de la Brune pour améliorer les résultats sanitaires d'élevage tout en conservant un potentiel laitier élevé.
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